Histoire de métier #1

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Les enseignantes

Dans les biographies partielles, existent celles des carrières. Aujourd’hui on parle d’un métier qui a bien évolué tant dans son image que dans la vocation qu’il suscite.

L’enseignement dans les années 80 :  

« Aujourd’hui je ne ferais pas ce métier »

Deux anciennes enseignantes du pays de Saint Malo, maternelle et début primaire, (nous les appellerons J et S) me racontent comment cela se passait dans les années 80, quelles étaient les différences avec le métier d’aujourd’hui.

« Beaucoup de choses ont changé en 40 ans, le partenariat avec les parents n’est plus le même, le relationnel et l’aura ont complètement changé ! (S) Il m’est arrivé il y a peu de temps à la boulangerie d’entendre devant moi une petite parler à sa mère d’une professeure et d’entendre celle-ci lui répondre «mais quelle conne celle-là » ! C’était impensable en 1980 ! Et aujourd’hui lorsqu’on demande à un élève s’il veut être instituteur ou professeur, il répond que ça ne va pas la tête ! Tout le monde vous déteste et vous ne gagnez pas d’argent ».

Alors que s’est-il passé ?

Lorsque je leur demande comment fonctionnait leur école à l’époque, elles me disent qu’elles avaient plus d’élèves par classe (S) « j’ai pu aller jusqu’à 52, ah et tu te souviens J de notre collègue qui en a eu 70 ?  On acceptait tout le monde à cette époque-là et les enfants pouvaient commencer l’école à 2 ans »

(J) « au niveau du matériel c’était très sommaire, nos directeurs nous disaient que nous devions avoir du ‘gingin’, en gros il fallait avoir du bon sens et être inventive. Pour certaines activités, on se servait également des possibilités extérieures comme les émissions de radio, certaines stations diffusaient des cours de chant par exemple, on suivait ce cours pendant 15 minutes chaque semaine. »

Les photocopies n’existaient pas donc les élèves écrivaient beaucoup plus. On était souvent en double tâche à préparer l’activité suivante pendant qu’ils travaillaient. On avait cependant beaucoup moins de réunions et de dossiers à remplir. Le métier était centré sur la classe et les élèves. »

(S) « Au niveau de l’emploi du temps, on entend souvent que l’on consacrait plus de temps aux enseignements fondamentaux comme le français et les mathématiques auparavant mais ce n’est pas le cas, les volumes horaires étaient identiques, avec moins d’intervenants extérieurs donc il est vrai qu’on rognait parfois sur une activité lorsqu’une notion « fondamentale » n’était pas encore maîtrisée par les élèves, nous avions la liberté de passer plus de temps sur une leçon que prévu. Notre temps était plus élastique.

 Pour ce qui est d’une baisse de niveau constatée et relayée régulièrement, c’est plus complexe à quantifier dans le sens où nous utilisions un système de notation de 1 à 20 qui aujourd’hui n’existe presque plus en primaire. Les élèves ont des acquis validés ou non ou en cours, ça nous paraît moins lisible pour déterminer un niveau, que ce soit pour nous ou les parents»

(J et S)« pour ce qui est des enfants en difficulté nous avions moins de moyens, les AVS (Auxilliaire de Vie Scolaire) n’existaient pas, nous avions l’étude le soir mais assurée par nous ou des bénévoles retraités par exemple, et même si les devoirs d’application étaient peu conseillés, au bénéfice de leçons à apprendre, on leur en donnait quand même, on ne voyait pas comment fixer un apprentissage autrement. »

Au final mon impression en écoutant ces deux enseignantes qui se souviennent de tous les noms de leurs élèves sur quarante ans de carrière, est totalement étonnante ! Tout semblait quand même plus complexe : plus d’élèves, moins de moyens, moins d’accompagnement, pourtant elles s’accordent à dire qu’elles ne voudraient pas être enseignantes aujourd’hui… La facilitation de l’enseignement d’un côté par les moyens s’est totalement détérioré au niveau humain… Enseignants et parents ne semblent plus se comprendre comme avant, le partenariat est différent, d’une part parce qu’ils se croisent beaucoup moins : Les plans vigipirates successifs qui obligent les familles à rester en dehors de l’école à l’heure de la sortie par exemple érigent une barrière entre eux. La notion d’individualité et d’unicité (diagnostiquée ou non) des enfants joue également un rôle ; beaucoup de parents ne trouvant plus adapté l’enseignement proposé aujourd’hui à leurs enfants qu’ils soient HPI (Haut Potentiel Intellectuel), HPE (Haut Potentiel Emotionnel) ou encore dyslexiques etc. L’école ne semble plus être le socle principal d’éducation et d’apprentissage comme il l’était il y a quelques décennies : les possibilités multiples d’apprentissage à la maison, les méthodes alternatives, les sollicitations multiples auxquelles sont confrontés les enfants aujourd’hui laissent peut-être moins de place à l’image fondamentale de l’école.

Le but n’étant pas de définir si c’était mieux avant ou maintenant, mais de proposer une comparaison objective grâce à J et S quels sont vos souvenirs de classe de 1980 ?

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