Le résistant
Aujourd’hui en allant consulter des archives à la médiathèque de Saint Malo, je me suis plongée dans le récit de Joseph Levitre, relatant dans les « annales de la société d’histoire et d’archéologie de Saint Malo (année 1987) » le destin de Monsieur Jean Nobilet. En cette semaine « anniversaire » de la libération de Saint Malo, Monsieur Nobilet et ses proches méritent une mise en lumière.
Jean Nobilet, né en 1888 avait participé à la 1ère guerre mondiale. Rentré en 1919, il s’est installé en exploitation à la Talmachère à Saint Brieuc des Iffs. Il y vit avec son épouse Henriette, son frère Albert, ses 4 enfants ainsi que deux employés.
Sa ferme étant relativement isolée, à la demande de l’abbé Gresset, Jean Nobilet accepte en 1943 de recevoir chez lui un officier anglais afin d’organiser une livraison d’armes et de munitions. Il accueille donc George sixty (les noms de code des officiers résistants anglais sont George suivi d’un numéro). Grace à radio Londres ils échangent des messages cryptés pour valider le parachutage d’armes sur la ferme. Ils transmettent en Angleterre « ventre affamé n’a pas d’oreille » qui leur sera répété à la radio le 6 novembre 1943 pour valider l’action le jour même.
En ce jour du 6 novembre 1943, Jean, Albert, l’abbé Gresset, George 60, ainsi que deux autres résistants, Paul Gommeriel et Louis Moygne réceptionnent et enterrent 3 tonnes d’armes et de munitions larguées depuis un avion ! les parachutes ayant servis à la livraison seront brûlés dans le four à pain.
L’opération s’est suffisamment bien passée pour qu’on organise un second parachutage, cependant, la nuit du 27 au 28 novembre, les Allemands arrivent à la Talmachère accompagnés de 4 civils (un otage et trois miliciens, dont un camarade de lycée de Louis Moygne !)
Cette nuit-là les Allemands battent George 60, trouvent le poste émetteur ainsi que le dépôt d’armes.
Cette nuit-là, Jean Nobilet dira uniquement qu’il est le seul responsable et que les autres n’y sont absolument pour rien. Cela força visiblement le respect des occupants et des miliciens dont l’un dira à Henriette « vous avez un chic mari ».
Le lendemain, 28 novembre Jean Nobilet est emmené à la prison Jacques Cartier de Rennes avec son frère Albert, ses deux fils Mary et Jean ainsi que Eugène Charpentier et Henry Levey (les deux employés de l’exploitation), George 60 et Louis Moygne.
Ils ont pu échanger des colis avec la famille jusqu’en mars 1944, mois pendant lequel les prisonniers furent emmenés à Compiègne. De là, le 6 avril 1944, ils sont déportés avec 1800 autres détenus. 3 jours de voyages jusqu’à Mauthausen, à 100 par wagons à bestiaux ou ne devaient pouvoir tenir comme indiqué sur les côtés que 40 hommes, ou 8 chevaux.
Il faut savoir que le camp de Mauthausen étai avec celui de Gusen I, le seul camp dit de niveau III, c’est-à-dire les plus durs, réservés aux « ennemis politiques incorrigibles du Reich ». Les détenus y travaillaient en carrière avec la pratique de « l’extermination par le travail »
Le rythme insoutenable, les intempéries, la dénutrition et l’épuisement auront raison de Jean Nobilet le 18 juillet 1944.
Sur le registre il n’était pas Jean Nobilet, mais le prisonnier numéro 62.878
Son frère décèdera un mois plus tard et son fils Mary succombera le 24 avril 1945, soit 10 jours avant la libération du camp de Mauthausen par les américains le 5 mai (la 11ème division de blindée de la 3ème). Seul son fils Jean est rentré.
A titre d’hommage il fut élu président de la fédération départementale des exploitants agricole, à l’unanimité. Une rue de Rennes porte également son nom (coté sud de la gare, près de la station Clémenceau).
Sources : annales de la société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo (1987)
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